Marathon de Paris 2011 – Bilan

Un peu plus d’un an et demi après avoir débuté la course à pied, j’ai terminé dimanche dernier mon premier marathon (Paris) en 4H34 (dossard n°32794). En Mars 2010, je terminais mon premier semi-marathon (à Paris également) et à l’époque je m’étais donné pour objectif de terminer un marathon en moins de 4H. Plus l’entrainement avançait, plus je devenais réaliste et le nouvel objectif fut finalement de terminer un marathon sans marcher, si possible en moins de 4H. Le premier objectif a donc été rempli, mais non sans mal !

Une semaine plus tard, les courbatures estompées, je vais retracer ici mon premier marathon, mais aussi tout ce qui m’a amené à la course à pied et ce que j’y trouve personnellement. Le billet sera long, comme un marathon…

Dimanche 10 Avril 2011, 7H45, place Charles de Gaulle – Étoile

On y est, il est tôt, mais tout le monde semble au rendez-vous. Officiellement, il y a 40000 inscrits, je doute qu’il y ait autant de partants mais les rames bondées du métro et la foule de coureurs s’échauffant autour de l’arc de triomphe témoignent de l’ampleur de l’évènement ! C’est la 35ème édition du marathon de Paris et les choses semblent bien rodées pour un néophyte de l’épreuve: toilettes, petites tentes pour poser ses affaires, coins massages et j’en passe. J’avais vu des photos des précédentes éditions mais quand on y est on se sent tout petit et cette foule est vraiment impressionnante ! Je rejoins deux amis, nous déposons nos affaires à la consigne et nous nous dirigeons vers le sas de départ.

8h45, départ de l’épreuve, avenue des Champs-Élysées00:00:00


Il fait déjà « bon », surtout à 8H15 du mat’ au mois d’avril. Je ne prends donc pas la peine d’enfiler le poncho en plastique qu’on nous a donné pour nous réchauffer lors du retrait des dossards trois jours plus tôt. Après s’être faufilés sur les trottoirs de la plus belle avenue du monde, nous rejoignons notre sas où les coureurs commencent à s’accumuler petit à petit. Les Champs-Élysées sont remplis et le speaker nous parle de l’épreuve, remercie les coureurs, les sponsors etc. The usual stuff. Bang ! Les coureurs handisport viennent de partir ! La veille j’ai lu dans le petit livret de l’épreuve que le record handisport était de 1H20 sur la distance du marathon. Impressionnant. Quelques minutes après, ce sont les coureurs pour les associations qui s’élancent. Il est 8h44 et il nous reste 1min avant que le coup de pistolet soit donné et que nous nous élancions pour tenter de parcourir les 42,195km qui nous séparent de l’arrivée, située derrière nous à ce moment précis, avenue Foch. Je lance mon cardio et vu le monde qu’il y a je suis déjà à 260 pulsations par minute et je fais du sur place à 16km/h (cela s’arrangera 2-3min après quand la course aura commencé). Je repense à Septembre 2009, quand je devais être à 110kg pour 1m93 et que je reprenais tout juste le sport. A l’époque, je n’arrivais pas à courir plus de 15/30min sans être en galère. J’ai toujours fait du sport en compet’ et à haute dose depuis tout petit (tennis, rugby, ski, hand, baseball) mais j’ai complètement laché pour je ne sais quelle raison entre 2008 et 2009. Conséquences: prise de poids et affaiblissement musculaire général, mauvaise humeur etc. En 2009, j’ai tiré la sonnette d’alarme pour retrouver finalement mon poids de forme aujourd’hui (91kg) et une hygiène de vie correcte. Le sport m’aide à être bien et j’adore me dépenser. Ça peut paraitre con dit comme ça mais c’est une vérité pourtant. Je me demande encore comment j’ai pu rester 2 ans quasiment inactif. Anyways. L’idée de la course à pied m’est venue par un ami, qui m’a « forcé » à courir 15min sur un tapis en salle de sport. Auparavant, je détestais la course. Au départ, j’ai vu dans la course à pied un bon moyen pour perdre du poids, ce qui est une vérité à double tranchant: oui ça assèche, mais paradoxalement ce sport est dur pour les articulations lorsqu’on est en surpoids comme je l’étais. De bonnes semelles (podologue @ clinique du sport de Paris) et de bonnes chaussures (New Balance 1064) sont venues arranger tout ça. Petit à petit, je suis passé de 15 à 30min de course, de 30min à 45min, puis à l’heure de course, et ainsi de suite. L’abonnement de ma salle de sport ayant expiré et n’y voyant finalement plus aucun intérêt, je suis passé à l’entrainement sur route, vers Novembre 2009 il me semble. Et, comme bien souvent, je me suis fixé un premier défi: courir un semi marathon, ce qui paraissait le bout du monde -littéralement- pour moi à l’époque.

Trêve de flashbacks, voici le parcours du marathon de Paris 2011:

Bang ! C’est parti ! Il est 8h45 et les kényans et autres élites s’élancent, ils termineront l’épreuve quand j’en serai à la moitié. 20km/h de moyenne. Ça fait peur quand même. Petit à petit, on passe du statut immobile à la marche, puis au jogging et finalement on passe la ligne de départ à sa propre vitesse de croisière. Petit aparté: le temps net indique le temps écoulé pour parcourir le marathon à partir du moment où l’on passe la ligne de départ alors que le temps brut indique le temps écoulé entre le coup de pistolet et l’arrivée. Le temps net fait donc référence, sachant qu’il y avait environ 3-4 sas de plusieurs milliers de coureurs devant moi. Pour info, mon temps brut fut de 4H39 alors que mon temps net fut de 4H34, comme mentionné au début du billet. Il fait super beau et je suis motivé et en forme. Rapidement, le premier kilomètre est plié et nous arrivons place de la Concorde. C’est assez dingue de voir des lieux comme ça, vides du monde habituel et remplis de coureurs et de spectateurs sur le bord de la route.

A ce propos, des spectateurs il y en a, ils sont postés sur le bord de la chaussée pour encourager leurs proches mais pas seulement. Comme au semi, on avait nos prénoms sur les dossards et il n’était pas rare que des inconnus nous encouragent tout au long du parcours ! Top pour garder le moral ! En plus des spectateurs « lambdas », il y a des fanfares, des gens déguisés (dans et hors de la course), des pompiers qui chantent etc etc. Une super ambiance difficile à retranscrire ici. Pendant ce temps, on arrive tranquillement au cinquième kilomètre après s’être remonté toute la rue de Rivoli et un bout de la rue Saint Antoine. Physiquement je suis très frais mais il ne faut pas négliger les ravitaillements, qui serviront pour la suite des festivités.

Place de la Bastille, 5ème kilomètre – 00:28:44

C’est parti pour le premier ravitaillement, le temps de prendre une bouteille d’eau, deux sucres et une orange, de relever la tête et de constater que.. j’ai perdu mes deux potes ! Putain de foule, pas moyen de les retrouver ! Epic fail ! On s’était chacun préparés à affronter le marathon en solo, mais on se disait que courir à trois pourrait nous aider vers la fin de la course quand cela serait vraiment dur.. bon ben c’est râpé, et 37km me séparent de l’arrivée. De toute manière, je me suis lancé ce défi seul, inscrit seul et préparé souvent seul, donc dans ma tête je n’ai aucun doute quant au challenge qui se dresse devant moi et pour ainsi dire je ne me vois même pas faire autre chose que de terminer cette course. Même si c’est mon premier marathon, je n’ai jamais vraiment douté de ma capacité à terminer l’épreuve. Je savais que j’en étais capable. Bien sûr, on peut toujours avoir une sale crampe ou se vriller la cheville sur un pavé. Mais en terme de capacités mentales et physiques, je savais que j’étais fin prêt et déterminé à parcourir 42,195km. Je crois que de toute façon, avec une distance aussi longue, il vaut mieux être convaincu de ses capacités et confiant avec un mental en béton que de douter et de gamberger avant de prendre le départ. L’entrainement ne fait pas tout, le mental tient également une place très importante dans l’atteinte ou non de l’objectif. Pendant ce temps là, on arrive tranquillement au bois de Vincennes, le château au loin et un gros rocher que je n’avais jamais vu auparavant.

Bois / Chateau de Vincennes, 10ème kilomètre – 00:58:12

Stress positif et Isostar aidant, je décide de faire un arrêt très bref près d’un buisson à l’abri des regards indiscrets, comme une dizaine d’autres coureurs. On passe devant le château de Vincennes, que je n’avais plus revu depuis le semi en 2010, quand il faisait -4° C. Cette fois-ci il fait nettement plus chaud et la miss météo a prévu 24 – 25° C à partir de 11h – midi, ce qui n’est vraiment pas une bonne nouvelle sachant qu’à cette heure là, je devrais commencer à être dans la partie difficile de l’épreuve. Enfin bon, on est 40000 et il fera 25° C pour les 40000 coureurs. C’est quand même assez rageant de se dire qu’on s’est préparé longtemps à des températures très basses et que pile le jour de l’épreuve il fasse 10° C de plus. La chaleur en a gêné plusieurs d’après ce que j’ai lu / entendu. Personnellement, je pensais qu’il ferait plus froid au mois d’avril à Paris mais bon, même si je me serais senti mieux, le fait d’avoir une température plus basse n’aurait pas vraiment changé la donne pour moi au final. Je dépasse tranquillement plusieurs personnes qui portent un espèce de chariot sur lequel est assis un enfant handicapé. Plusieurs personnes applaudissent, j’en fais de même, je me dis que ça doit être génial pour cet enfant de sortir l’espace de quelques heures de sa maladie. Hop, une épingle et on semble repartir vers Paris.

Bois de Vincennes, 15ème kilomètre – 01:26:13

Ravitaillement, photos, groupes de musique sur les trottoirs, température encore correcte.. tout va bien. Je maintiens le cap avec une allure pour faire 4H au final. Je me sens bien et frais, notamment grâce aux points d’eau qui sont en fait des lances à incendie / brumisateurs qui couvrent la moitié de la chaussée. Je repère quelques coureurs qui marchent (déjà ??) et je me dis que cela va être très long pour eux. Nous remontons tranquillement la rue de Charenton maintenant pour arriver à la moitié de l’épreuve. La banane de la Martinique me donne la pêche !

Avenue Daumesnil, 21,1ème kilomètre – 02:01:53

Le premier semi est bouclé. Nous en sommes à la moitié du parcours. Les spectateurs nous encouragent en nous disant qu’on a bouclé la moitié et qu’il faut continuer. Il fait de plus en plus chaud mais j’accuse une minute ou deux de retard sur un objectif 4H: 2H01 pour le semi contre 1H54 au semi de Paris l’année d’avant. Rien de catastrophique car j’avais couru le semi 2010 légèrement plus vite que l’allure 2H justement pour faire moins de 2H (une sorte de sécurité). Là je ne prends aucun risque car je n’ai jamais parcouru 42km d’une traite donc je préfère rester safe, bien que j’aurais aimé avoir quelques minutes d’avance au cas où. Je décide de ne pas me m’être en quête de rattraper ces quelques minutes de trop et que je verrais au 35ème comment je me sens pour voir si j’accélère ou pas.. Paradoxalement, même si je me suis toujours entrainé avec mon cardio qui indique également ma vitesse, depuis que le marathon a commencé je ne le check pas beaucoup, préférant me fier à mes sensations sans me mettre de grosse pression sur un objectif 4h. C’est sûr que 4H34 ou même 4H, ce n’est pas un « gros » temps sur un marathon. Ceci dit c’était ma première tentative et j’ai souvent lu qu’il fallait d’abord se focaliser sur le fait d’arriver à le finir une première fois avant de se donner un temps comme objectif. J’ai choisi cette option, mais comme il fallait bien que je me cale sur une allure, j’ai choisi celle des 4H. Avec le recul, j’aurais sans doute du choisir celle des 4H15, ce qui m’aurait évité de moins souffrir à la fin. D’autre part, je pense que chacun possède sa propre motivation vis à vis du marathon, sa propre histoire et par conséquence son propre objectif. Je ne suis pas taillé pour la course à pied (1m93 pour 91kg) mais j’ai envie de courir. Je sais que je ne ferai jamais 2h sur l’épreuve et qu’il y aura bien souvent quelqu’un devant moi. Pourtant je suis entrain de courir mètre après mètre vers une de mes plus belles victoires personnelles. Je crois que dimanche dernier, j’ai réalisé que la volonté permettait de réaliser beaucoup beaucoup de choses. Quoiqu’on dise ou qu’on pense, quand on veut réellement quelque chose, on peut l’obtenir, c’est une de mes convictions. La persévérance finit toujours par payer, tôt ou tard. Ceci dit, le soleil commence vraiment à cogner et je commence à me déporter vers la droite de la chaussée car ma fiancée, son frère et mon fils de 3 semaines sont venus me voir au 25ème, vers Pont-Marie / Quai des Célestins.

Pont Marie / Quai des Célestins, 25ème kilomètre – 02:26:06

Hop un ravito (comprendre ravitaillement): trois sucres, deux petites bouteilles de flotte (dont une sur la tête), une orange et une banane. Je mange comme un sauvage comme la plupart des autres coureurs, commençant à avoir sérieusement la dalle. Je scrute du regard les spectateurs sur le trottoir de droite, cherchant ma chérie et mon fils du regard. Les voilà ! Hop un gros bisou et je repars ! Ce petit intermède vaut bien plus que dix ravitos 🙂 Cependant le soleil tape fort sur ces putains de quais. Personne pour m’arroser pendant les 17 prochains kilomètres en continu ? De plus en plus de coureurs marchent, j’essaie d’en encourager quelques uns à reprendre la course, sans véritable effet. La chaussée est étroite, les gens sont amassés sur les bords de la route et le soleil cogne dur, j’ai l’impression de courir dans une espèce de serre alors qu’on est à ciel ouvert ! Comme disait un ex Premier Ministre, la route est droite mais la pente est forte bwahaha ! La faute à ces tunnels ! On descend… et on remonte.. J’avais l’habitude de passer par là lors de mes sorties longues du dimanche, mais j’avais pas 25 kilomètres dans les jambes avant d’attaquer ces tunnels.  Pour l’instant, mis à part la chaleur, je me sens plutôt bien. Je ne vais pas dire que je suis frais vu qu’il fait 25° C maintenant et que je cours depuis près de 2H30, mais je suis plutôt optimiste quant à la suite du parcours. Ceci dit, ça commence un petit peu à tirer derrière les genoux. Le fameux 30ème kilomètre n’est plus très loin et sur ma gauche j’aperçois mon monument parisien préféré.

Avenue du Président Kennedy / Tour Eiffel, 30ème kilomètre – 03:01:09

Mon allure à commencé à baisser, sans que je puisse faire grand chose. Sur le moment, c’est assez frustrant. Le 30ème kilomètre, beaucoup en parlent comme un moment clé du marathon, mais quand on a jamais fait de marathon auparavant, c’est assez difficile de s’imaginer ce que cela représente. Jusque ici, mon entrainement le plus long a été de 27km en 2H34, lors d’une sortie au bois de Boulogne. Cela fait donc 3 kilomètres que je cours dans l’inconnu. Ça tire derrière les genoux et un petit peu derrière les cuisses. Il me semble que c’est par ici qu’il y avait un stand massage. J’entends un masseur nous dire « Allez allez, un petit massage et ça repart ! »: sur le moment, je vois des dizaines de types entrain de se faire masser mais, même si j’en ai très envie, je sais que si je m’arrête, c’est mort pour moi. Au dernier ravitaillement, j’ai senti mes cuisses se durcir alors que je me suis arrêté 5 secondes pour prendre l’eau et la nourriture. Je sais que si je marche pour me détendre ou si j’opte pour le massage je pourrais faire une croix sur mon objectif. D’ailleurs, je me demande comment et pourquoi mon allure de course commence à baisser: la chaleur ? le manque d’hydratation ? le manque de sorties longues ? Il fait très chaud et même si 25° C à la plage passent très bien, après trente bornes c’est une autre dimension. J’ai bu et je me suis arrosé la tête depuis le début de l’épreuve. Des sorties longues j’en ai fait pas mal et régulièrement (mais à mon avis pas assez « correctement »). Pourquoi je ralentis alors que je suis déterminé à aller au bout et que mon cardio est ok ? Le plus frustrant je crois, est de ne pas pouvoir maintenir l’allure et de ne pas savoir quoi faire à ce moment là. A ce moment précis, je sais que quoiqu’il arrive, si je veux finir l’épreuve, cela sera au mental et que mon deuxième objectif (finir en 4h) est compromis. Tant pis pour les 4h, il me reste 12 kilomètres, cela va être compliqué de finir mais je reste persuadé que je vais terminer ce marathon sans marcher. Paradoxalement, je reste dans les clous pour faire 4h, car au 30ème kilomètre, j’en suis à 3H01. Mais physiquement je ne me voile pas la face et je sais que la fatigue va commencer à peser de plus en plus lourd. Je ne sais pas si j’ai craqué mentalement ici, en me disant, « laisse tomber les 4h, ce n’est pas ton premier objectif, assure juste pour le terminer ». Peut-être que oui, j’aurais du laisser passer ce moment et j’aurais peut-être eu un regain d’énergie un peu après. Je ne le saurai jamais. Sur le moment, j’avais du mal à penser clairement, d’ailleurs je ne regardais quasiment plus le paysage parisien. J’ai pensé au fait de finir l’épreuve sans marcher et tant pis pour le temps. Je ne sais toujours pas comment considérer ce moment: faiblesse mentale ou réalisme. Surement un mélange des deux, qu’importe, je suis toujours en course et le bois de Boulogne se profile à quelques centaines de mètres devant moi.

Avenue des Fortifications / Entrée dans le bois de Boulogne, 35ème kilomètre – 03:40:37

Je crois que moi et pas mal de types autour sommes entrés en mode survie. J’ai plus de dix minutes de retard sur l’objectif 4h mais je n’en ai plus rien à foutre. Il nous est impossible de marcher car nous avons mis un point d’honneur à ne pas faire comme des dizaines de coureurs à bout sur le côté de la chaussée et que nous tenons à terminer ce marathon comme il se doit, en courant du début jusqu’à la fin. Je ne juge personne, ceux qui marchent sur le côté ont peut être eu des crampes, ont sous estimé l’épreuve ou sont tout simplement à bout. Je n’en sais rien. Je sais juste à ce moment là qu’il reste 7 kilomètres environ et qu’il fait toujours aussi chaud. La douleur derrière les genoux est de plus en plus vive et derrière les cuisses ça tire bien fort aussi. Je prie secrètement pour ne pas avoir de crampes ! Les encouragements des spectateurs et les groupes de musique n’ont plus aucun effet sur mon mental. Je crois d’ailleurs que j’ai du en louper pas mal et je réalise 30s en retard que des gens m’encouragent, le temps de me retourner pour les remercier je suis déjà un peu plus loin, c’est trop tard. Je commence vraiment à être épuisé, mais il reste 7 bornes qu’il va falloir aller chercher. Je pense à ma fiancée et à mon fils que je retrouverai bientôt une fois le marathon terminé. Ça peut paraitre con, mais les pensées positives comme ça m’ont permis de tenir le coup. Putain qu’il fait chaud. Une nana distribue du jus de pomme et du quatre quarts à un ravitaillement. Sérieux qui bouffe du quatre quarts par 25 ° C après 35 kilomètres de cavale ? Je veux de la flotte et pas du jus de pomme qui va me donner plus soif qu’autre chose ! Heureusement le ravitaillement officiel est là: flotte, orange, sucres et banane. Un peu plus loin au 38ème, on aura même droit à du Powerade et à 500m avec une chaussée collante de Powerade (ça m’a bien fait rire sur le coup xD). Je vois partir 3 ou 4 personne dans les bois: sur le moment, je ne comprends pas, mais en lisant ce genre de threads, j’ai compris que certains coupaient dans les bois. Sérieux quel intérêt de tricher à un marathon ? Tout l’intérêt de la course réside dans sa difficulté. Enfin bon, la mère des cons est toujours enceinte et moi je reste focalisé sur l’arrivée. Je suis incapable de penser clairement à quelque chose d’autre de toute manière. Il fait vraiment beaucoup trop chaud mais j’ai pris une bouteille d’eau supplémentaire au dernier ravitaillement pour m’arroser et pour boire un peu plus.

Allée de Longchamp / bois de Boulogne, 40ème kilomètre – temps inconnu

Le 40ème kilomètre. Plus que 2,195 km. J’ai l’impression que cela fait une éternité que je suis dans ce putain de bois entrain de courir ! En fait j’aurais mis 1H30 pour faire les 12 derniers kilomètres, ce qui est assez long. Mais rapporté aux conditions du jour et au fait que j’avais 30 bornes dans les jambes avant les 12 dernières, cela change la donne. Bref. De toutes façons je suis fier de ma performance et je suis le seul responsable de ma défaillance (si on peut appeler ça comme ça) depuis le 30ème kilomètre. C’est vrai que c’est dur, qu’à partir d’un moment le corps ne veut plus courir et que le mental prend le relais. En attendant, je viens de passer le 41ème kilomètre et putain je ne suis plus qu’à 1 kilomètre, soit 1000 mètres ou 2 tours et demi de stade de l’arrivée ! Des coureurs ayant déjà terminé l’épreuve reviennent vers les autres pour les aider à terminer, je trouve ça super classe. D’autant que personnellement je n’ai plus de jambes. Je ne sais pas si je me suis fait mal ou si je vais m’écrouler en arrivant mais je sais qu’il me reste moins d’une borne à faire dès à présent et on vient ENFIN de sortir du bois de Boulogne ! La foule sur les côtés est de plus en plus dense et les gens applaudissent et nous félicite ! C’est complètement dingue comme moment, on est même pas les premiers mais les gens nous félicitent quand même ! Le public d’un marathon est vraiment top, j’étais loin de m’imaginer une ambiance aussi sympa. L’avenue Foch, youpi je vois la ligne d’arrivée !! Punaise ça fait du bien ! En un instant on oublie la douleur et on parcourt les derniers mètres libéré de tout. Je passe finalement la ligne d’arrivée en 4 heures, 34 minutes et 8 secondes. Je n’arrive pas à croire que je l’ai fait. J’ai terminé un marathon ! A ce moment là j’avais envie de pleurer sans raison aucune ! Un feeling d’un autre monde. Un truc véritablement indescriptible que je n’ai ressenti dans aucun des autres sports que j’ai pu pratiquer. Je peux enfin m’arrêter et marcher. Un bénévole détache la puce lacée à ma chaussure qui a servi à mesurer mon temps lors du parcours. Plus loin, je reçois ma médaille, de l’eau et de la nourriture. Je marche dooouuuucement jusqu’à la consigne un peu plus haut et je m’assois par terre comme des milliers de coureurs pour téléphoner à ma chérie qui m’attend chez nous. Quel bonheur sérieux, je suis super fier d’avoir fini l’épreuve sans marcher et sans craquer.

(Photo prise au 15ème km, quand je ressemblais encore à quelque chose !)

Le retour à la maison et la récup’

Allez hop je me remets debout et je me dirige vers le métro. Fuck des escaliers. J’ai plus de jambes, pitié ! Ligne 1, Ligne 7, maison ! Étirer les deux blocs de béton qui me servent de jambes me semble impossible et la salade de riz qu’on m’a préparé m’attire beaucoup plus. J’enlève mes chaussures, je nettoie mon matériel, je mange et je prends une douche. Je suis littéralement fracassé. J’ai l’impression qu’un train de marchandises m’est passé dessus. Je sens les crampes arriver à chaque mauvais mouvement, ce qui m’oblige à changer de posture assez souvent. Finalement je m’endors, épuisé, sur mon lit. Le lendemain, je suis allé faire une promenade avec ma chérie et mon fils, pour délasser un peu mes jambes au passage. Les courbatures vraiment douloureuses auront duré 3 jours. A tel point que c’était véritablement la galère pour m’asseoir et même pour dormir ! Hallucinant ! Il y a une semaine pile, j’étais sur le marathon de Paris ! Là je suis chez moi, écrivant ce billet tranquillement. La semaine de récupération aura été vraiment agréable. Je pense me remettre à courir dans 7 jours ceci dit, tranquillement. Petit manuel de la récupération post marathon visible ici.

L’analyse de ma course

Je n’ai pas encore eu envie d’analyser ma course en profondeur, je le ferai plus tard. J’avais juste envie de raconter mon expérience de débutant sur marathon dans un billet sur mon blog. Cela dit, je sais que j’ai commis quelques erreurs durant ma préparation et durant ma course. C’était difficile de ne pas les commettre, sachant que je n’avais jamais couru de marathon auparavant, mais bon les erreurs servent à s’améliorer. Dans le désordre: négliger un peu trop l’alimentation 1 mois avant la course; négliger un peu trop le sommeil avant la course; partir sur une allure 4H alors que 4H15 / 4H30 me convenaient mieux et m’auraient épargné je pense quelques souffrances vers la fin; manque de « vraies » sorties longues (je faisais souvent 1H45 / 2H, mais une seule sortie de 2H34 pendant toute ma préparation). Il y a surement d’autres choses, mais j’y réfléchirai plus tard !

Ce qui m’a plu lors du Marathon

Arriver à réaliser quelque chose que je pensais irréalisable il y a 2 ans.

Arriver à me prouver que j’avais du mental pour faire face à une difficulté de taille.

Me dépasser outre mesure dans une épreuve d’envergure.

Le mélange d’émotions pendant 42,195km.

La suite..

Pour l’instant, je ne me suis pas encore fixé de prochain objectif. Le marathon constituait pour moi une épreuve « extrême » de par la distance et l’entrainement requis pour y parvenir, ajoutés au fait que j’avais longtemps détesté la course à pied. Je pense commencer à m’entrainer pour m’améliorer sur marathon à partir de juin. Puis finir l’année avec des petites courses comme les 20km de Paris ou le Paris-Versailles, à voir. J’ai du mal à me projeter actuellement, mais je suis sûr que je referai un marathon d’ici un an / un an et demi. Paris ? Londres ? Berlin ? New-York ? En tout cas, il y en a déjà un pour lequel j’ai déjà repéré le terrain..

10 Comments Marathon de Paris 2011 – Bilan

  1. Pierrick

    Ton billet est extra !
    Très joli récit. Perso je remets ça l’an prochain. Je verrais ensuite pour en faire à l’étranger.

  2. HiHu

    Héhé 🙂 Ce matin j’ai regardé le marathon de Londres en live, c’est quand même moins joli que Paris !!

  3. HiHu

    Je n’ai pas vraiment suivi de plan, que ce soit pour le semi ou pour le marathon. Je compte en suivre un pour mon prochain marathon car je pense qu’il faut que je cadre un peu plus tout ça si je veux progresser. Pour le semi je courrais 3 fois par semaine: 2 x 40min et 1 x 1h30 avec un 23km de test 1 mois avant pour savoir que je pouvais le faire.

    Pour le marathon, 3 seances par semaine: 2 x 1h et 1 x entre 1h30 et 2h30.

    Voilà 🙂

  4. Pingback: Marathon de Paris 2012 – Préparation | Le Carnet de HiHu

  5. Isa

    Bravo pour cette belle course et pour le récit de cette belle aventure ! Je me lance dimanche pour mon 1er marathon.

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